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Les Ateliers Nomades à Autun - Agathe Verhille - Ateliers Nomades

Guillaume Dopus - se faire la malle
| © Guillaume Dopus - se faire la malle |

 

Entretien

Un acteur de terrain nous parle de sa pratique, Agathe VERHILLE.

Peux-tu nous dire en quelques mots en quoi consiste ton travail ?

Je travaille à l’association Les Ateliers Nomades à Autun. Nous sommes une équipe de 4 salariés et menons ensemble des projets pour cultiver la rencontre, le mieux vivre ensemble et le développement local participatif. Nous travaillons sur différentes thématiques : les sports de nature, la mobilité douce, l’environnement, le mieux-vivre ensemble. Mon travail consiste donc à chercher des financements (subventions, appels à projet...), mobiliser et rencontrer les habitants, faire le lien avec des partenaires, développer la communication, ré- aliser les actions.

Est-ce qu’on peut dire du coup que la participation est au cœur de tes pratiques et des projets que tu développes ?

« La participation » est un point essentiel à nos projets. Sur la thématique sport de pleine nature nous allons nous adresser aussi bien aux touristes qu’aux habitants. Le lien avec les touristes est moins participatif que les actions que nous menons en direction des habitants (sport nature et autres thématiques). Nous trouvons essentiel de développer le « pouvoir d’agir » en laissant une place aux habitants par la participation.

Il manquerait quoi si les actions n’étaient pas participatives ? Ou ça changerait quoi ?

La plupart de nos actions se font en direction des habitants des quartiers. Pour une meilleure appropriation et pour que les habitants trouvent leur place il est nécessaire de les intégrer au début de la démarche. Nous ne pouvons pas choisir pour eux car ce sont bien eux qui savent ce dont ils ont besoin et envie. Notre objectif est de concrétiser ses envies et favoriser un vivre ensemble. Ne pas faire « à la place de... » mais « avec ».

Tu peux nous donner un exemple d’un projet que tu trouves / as trouvé réellement participatif ?

Cette année nous avons mis en place un nouveau projet : ouvrir un lieu participatif sur le quartier de Saint Pantaléon. Il y a eu plusieurs étapes à ce projet. Tout d’abord une grande mobilisation en faisant du porte à porte, des rencontres en pied d’immeuble et des réunions directement dans le lieu participatif que nous avons nommé avec les habitants « le Cocon ». Dans ce lieu, les gens peuvent se retrouver pour discuter autour d’un café, définir des envies d’activités et voir comment les mettre en place, réaliser des actions et projets avec et pour les habitants.

Qu’est-ce que cela t’apporte ce contact concret et direct avec les habitants ? Qu’as-tu découvert/appris de cette manière de faire ?

Le fait de prendre le temps de discuter avec les habitants, cela nous permet de créer un climat de confiance. Grâce au Cocon nous avons rencontré de nouvelles personnes qui étaient isolées et quand on prend le temps de les écouter et les mettre à l’aise alors elles osent ensuite s’impliquer et trouvent leur place au sein des projets. Je me suis aperçue qu’on a souvent envie de tout « cadrer » alors que parfois cela se fait naturellement. Un exemple très simple au Cocon : on voulait établir un fonctionnement pour savoir comment les personnes participent à l’achat du café, thé, vaisselles... Et finalement sans rien dire cela s’est fait naturellement. Les personnes amènent des gâteaux, café, et vaisselles. On va mettre parfois de l’énergie sur une occupation qui finalement n’en est pas une pour eux. En discutant avec eux, on comprend au fur et à mesure leurs occupations et priorités. 

Peux-tu nous dire les principales difficultés que tu rencontres dans des projets participatifs ?

La participation demande une grande mobilisation en continu. Cela demande beaucoup d’énergie parfois pour peu de personnes à la fin. Mais le résultat ne se résume pas au nombre de personnes. Il est parfois difficile pour les habitants de participer, s’impliquer, donner son avis, car ce n’est pas habituel. Nous avons aussi beaucoup de difficultés à toucher tous les publics comme les jeunes de 18- 30 ans et les hommes. Dans la plupart de nos actions participatives, nous retrouvons les enfants, femmes et personnes âgées. Les difficultés peuvent aussi être le manque de cohérence entre le travail de participation fait avec les habitants et les décisions prises par la Ville.

Même pour une action qui a peu mobilisé, avez-vous l’habitude d’informer plus largement sur ce qui a été fait ou réalisé ? Autrement dit, ceux qui ne se sont finalement pas mobilisés ont-ils la possibilité de se rendre compte que des choses sont possibles ?

Nous essayons au maximum de varier la mobilisation (internet, affiche, journal, porte à porte), parfois on touche de nouvelles personnes. Cela demande beaucoup de temps et d’énergie. Nous essayons aussi de parler de toutes les actions. Par exemple si une personne vient sur un projet comme les jardins partagés, nous lui parlons aussi des autres qui existe (Cocon, atelier vélo, sport nature...) suivant l’échange. Nous faisons beaucoup d’affichage dans chaque entrée d’immeuble du quartier pour chaque nouvelle action. À ce moment les gens, s’ils prennent le temps de voir les affiches, voient ce qu’il ce passe sur leur quartier. Après nous sommes conscients que c’est le bouche à oreille qui marche le mieux et que nous n’arriverons pas à mobiliser tout le monde.

Du coup, cela ne vous incite-t-il pas à réaliser des projets qui seraient moins dépendants de dé- cisions des élus ? Si oui, aurais-tu un exemple ?

Non, cela nous incite pas à faire des projets moins dépendants car la Ville d’Autun reste un partenaire avec qui nous travaillons régulièrement car nous échangeons beaucoup avec les structures des centres sociaux. Et avec la mise en place du conseil citoyen sur le quartier, la Ville prend aussi ces responsabilités au niveau de la participation.

Qu’est-ce que tu as trouvé d’intéressant et/ou d’original dans le cycle “ Participer et Faire participer ” ?

La formation “Participer et Faire participer“ m’a permis de prendre du recul sur mon travail et d’échanger avec d’autres personnes sur leurs propres expé- riences et les miennes. Cela m’a permis de prendre le temps de décortiquer un projet et de comprendre ce qui fonctionne bien ou moins bien et pourquoi.

Peux-tu donner un exemple de quelque chose que tu as abordé différemment dans ta pratique suite à la formation ?

Nous avions pris l’habitude de consulter les habitants mais c’était souvent difficile de passer à l’étape suivante. Nous avons donc pris le temps de « cristalliser » les informations avec les habitants (une étape qui a souvent été oubliée auparavant). Grâce à la formation, nous avons eu des outils concrets que j’ai mis directement en œuvre après comme les rituels de démarrage pour mieux se connaitre ou évaluer la température du groupe.

Quel talent personnel penses-tu ne pas mettre suffisamment au service des démarches participatives que tu animes ?

Je ne pense pas mettre suffisamment en avant mes compétences d’animation de réunion lié à ma créativité. J’apprécie beaucoup d’inventer ou de chercher des outils existants de techniques d’animations pour dynamiser une réunion, rencontre. Par faute de temps ou « d’habitude de réunion » je le mets moins en avant sur nos démarches participatives.

Peux-tu partager une parole d’habitant que tu as entendue récemment et qui t’a interpelée ?

Récemment, une habitante (que nous avons rencontrés grâce au Cocon) a demandé s’il était possible de faire un petit repas de Noël au Cocon. Au lieu d’être chacun seul chez soi, ils ont prévu de se retrouver le 24 décembre. À travers cette demande, l’équipe, les partenaires et moi avons été touchés car nous nous apercevons que les habitants se sont appropriés le lieu du « Cocon » pour se retrouver. Un pari que nous n’étions pas sûr de réussir aussi rapidement, reste à maintenir cet état d’esprit.

Peux-tu expliquer ce qu’est le Cocon ?

Le Cocon est le nom du nouveau lieu participatif que nous avons ouvert sur le quartier prioritaire. C’est un lieu pour les habitants. On a demandé à chacun ce qu’ils avaient envie de faire et comment ils pouvaient s’impliquer. C’est un lieu de vie pour favoriser le mieux vivre ensemble et le pouvoir d’agir. Tout est à construire avec les habitants. Des ateliers se sont mis en place parfois par des prestataires et parfois par des habitants qui proposent de partager une passion, un talent. Le lieu permet aussi de prendre le temps de discuter entre habitants autour d’un café.

Comment expliques-tu que cette dynamique collective fonctionne ?

La dynamique fonctionne car nous avons déjà beaucoup travaillé en amont sur la mobilisation avec les partenaires (porte à porte, gouters en pied d’immeuble, crieur public, affiches... ). Finalement, les gens ont envie de partager des choses ensemble mais parfois ils n’osent pas, ou n’ont pas de lieu réfé- rencé. On n’a aucun doute sur la volonté des gens du quartier de vouloir partager des moments ensemble. La dynamique fonctionne car c’est l’engouement de l’ouverture du lieu. Maintenant, il faut réussir à maintenir cette dynamique. Il faut réussir à impliquer de plus en plus les habitants dans l’animation de ce lieu (comme avoir plus d’ateliers animés par des habitants, établir un « règlement intérieur », ...). Il ne faut pas que les gens se lassent et ne trouvent plus leur place. La participation, cela reste un travail continu.

 

propos recueillis par Guillaume GUTHLEBEN

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